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Neutralisation d’un texte

À mes parents, Michel et Marie-Claude Hurtig,
morts sans avoir su la vérité sur ce crime.
Pour Anne-Doris, qui n’a jamais cessé de
m’accompagner tout au long de ce travail difficile.
« Quoi qu'il en soit, il fallait que ce soit une antique,
car les sérifs ne sont que du bruit, un bourdonnement inutile. »

Adrian F
RUTIGER, À propos de l’alphabet Roissy,
Caractères, l’Œuvre complète, Birkhaüser, 2008.







Extrait de l’Enfant disparu
15-24 novembre 2012.
Format : 150 mm × 225 mm.
Composition en Nexus.
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Soit un texte qui remue des sentiments violents (il s’agit de la mort d’un enfant) et dont le style d’écriture est plutôt lyrique, lyrisme renforcé un peu plus par l’enchevêtrement de deux strates du texte, chacune venant faire naître l’autre, lui répondant, s’y heurtant, venant l’éclairer et l’obscurcir à la fois. Comment le donner à lire tout en l’effaçant, comment le neutraliser presque tout à fait ? Comment se refuser à toute expressivité et se refuser à « faire beau » ? Comment y oublier la typographie ? Comment sécher les larmes, finalement ?

Le Nexus (version sans empattements)
« neutralisant » l’Enfant disparu.
Téléchargement du PDF.
Je n’aime guère les linéales, j’en suis peu familier. Mais le hasard m’a conduit récemment, pour deux travaux de commande, à les utiliser. Dans les deux cas (d’une part les cartels et panneaux d’une exposition, d’autre part un document bureautique retraçant sèchement la carrière et les références d’un scénographe) il me fallait rester suffisamment impersonnel pour laisser l’environnement du texte s’exprimer pleinement. Pour les cartels j’avais choisi du Legato, pour le document bureautique du Meta : ces polices sont neutres sans être froides, leur équilibre subtil est très éloigné de la violence obscène d’un Helvetica ou d’un Frutiger.

Il n’était pas question de recommencer alors je me suis tourné vers le Nexus, une création de Martin Majoor. Ce magicien des lettres a aussi enfanté le sublime Scala : aussi beau et chantant, aussi équilibré, aussi expressif dans sa version avec empattements que dans sa version linéale. Nexus n’a pas les mêmes ambitions que Scala : c’est une police conçue pour composer des textes scientifiques et des rapports d’entreprise. Et s’il emporte l’adhésion du lecteur, c’est sans jamais altérer l’intégrité du texte qu’il vient servir.

Le Nexus (version avec empattements),
au travail dans un texte d’histoire économique.

Le format de la page est lui aussi volontairement neutre : après bien des tâtonnements et des essais, je suis parvenu à une hauteur de page égale à 1,5 fois sa largeur. Le format de la colonne de texte a été déterminé « de chic », sans calcul préalable : je me suis contenté de constater qu’il fonctionnait bien dans la page — avant de découvrir que sa taille correspond à peu de choses près au canon de Honnecourt.

Et puis, Jan Tschichold me pardonne, j’ai retenu une autre leçon de la typographie suisse au cours de cet cexercice de neutralité : il faut ôter les retraits d’alinéa pour abolir l’émotion, et peut-être même le sens. Mais j’ai quand même un peu triché en alternant italiques et romain et en faisant varier forces de corps et interlignages : on ne neutralise jamais totalement un texte…


Technique typographique

La colonne de texte, inscrite dans le canon de Honnecourt
Texte en romain :
• Composition : corps 11,2, interlignage 13.
Espaces-mot : optimum à 90 %, minimum à 82 % et maximum à 102 %.
Interlettrage : –1,5 % au minimum, 2 % au maximum.
Espace sous le paragraphe : 0,3 mm.
NB. Une ligne en romain a été resserrée pour empêcher une césure : ses lettres ont été étroitisées à 99,6 %.


Texte en italique :
• Composition : corps 10,5, interlignage 11,8.
Espaces-mot : optimum à 90 %, minimum à 95 % et maximum à 105 %.
Interlettrage : –0,5 % au minimum, 1% au maximum.
Espace sous le paragraphe : 0,5 mm.









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