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Montrer (dé)montrer un récit
Exhibition d’une inconnue

« Ce spectacle (…) anima mes regards ;
je sentis qu’ils devaient être tendres et pressants,
et je me plaçai de manière à en faire usage. »

Pierre C
HODERLOS DE LACLOS, Les Liaisons dangereuses.








Exhibition d’une inconnue, juin 2006.
Trois affiches.
Composition en Antique Olive romain et black, texte en corps 11.
On peut lire le récit en PDF, lequel se télécharge ici.

Qu’est-ce qui se passe quand on prend un texte tout entier, qu’on l’appose sur une affiche et qu’on le placarde dans les rues [1] ? Il y a longtemps que je tourne autour de cette idée : mettre un texte en affiche. Un vrai texte, pas un simple slogan publicitaire : donner à lire un texte entier, sans qu’on ait besoin de tourner les pages.

Sur un mur à Toul (photomontage).

Et que se passe-t-il lorsque le texte ainsi rendu public est un récit licencieux (lecture solitaire et privée s’il en est !) ? Que se passe-t-il quand, de surcroît, ce récit parle d’exhibition ? Et si sous le récit, sous le titre accrocheur, on distingue la silhouette d’un corps féminin presque dénudé (voilé-dévoilé) qui irrésistiblement attire le regard ? Que passe-t-il quand on éveille publiquement le désir, et comment ce désir s’articule-t-il avec le simple regard et avec la lecture ?

Dans un bar à Nancy (photomontage).

L’occasion de le savoir m’en a été donnée par la découverte sur Internet d’un récit violent et cru : Exhibition d’une inconnue[2]. J’ai très rapidement pensé à le composer en linéale : l’Antique Olive de Roger Excoffon — parfaite pour une lecture neutre, efficace, rapide et très utilitaire, mais qui ne cède pourtant en rien à l’intégrité du texte qu’elle veut servir.



Un petit morceau du texte, corps 11 / 16,5, à taille réelle.

J’ai aussi été attiré par la beauté et l’impact de la version « black » de la police, que j'ai utilisée pour le titre (voir ci-dessous) : on y retrouve la volonté illustrative de son auteur, qui est aussi le créateur des étonnants Choc et Mistral, et du si célèbre Vendôme.












Au musée Carnavalet, à Paris
(photomontage).

Sur un mur de l’avenue du Fort,
à Marseille (photomontage).



Mise en pages

Le format d’affiche, son découpage en trois colonnes verticales, les divisions horizontales du titre et du texte, leur emplacement, le blanc tournant régulier, les deux fortes lettrines du début et de fin, se sont très vite imposés d’eux-mêmes, avec peu d’hésitations et de repentirs : il s’agit d’une affiche, pas d’un livre.






Je ne sais donc pas vraiment expliquer comment, sans que je le calcule par avance, la hauteur des blocs de texte est venue s’inscrire dans une proportion de 1,5-1-2 (voir sur le schéma ci-contre : les chiffres en rouge), ni pourquoi la distance qui va du haut de la deuxième ligne de blanc de titre jusqu’en bas du texte est égale à la largeur de deux colonnes (donc au tiers de la largeur de la page — c’est le carré figuré en bleu) [3].

Quant au « x » du mot « Exhibition », il est venu se poser juste au point riche de la page : probablement parce qu’il n’y avait pas d’autre place pour lui dans cette affiche… (Les lignes de recherche du point riche sont en vert.)

Et puis j’ai pensé au confort de lecture, même s’il est probable que jamais ces affiches ne seront imprimées ni placardées en vrai. La force de corps du texte est ici de 11 points avec un interlignage de 16,5 points : ces valeurs peuvent paraître étranges (voir ci-dessus), mais l’œil inhabituellement grand de l’Antique Olive fait que ses bas-de-casse ont presque la hauteur des capitales des polices les plus courantes.

Comparaison de la hauteur des lettres « X » (capitale) et « x » (bas-de-casse) de quelques polices.
De gauche à droite : Antique Olive, Gill Sans, Garamond (Adobe),Baskerville (Monotype).

Comme j’en ai désormais l’habitude, j’ai resserré la valeur de l’espace à 90 % et laissé un minimum de jeu dans l’interlettrage des C&J, quitte à tout repatiner ligne à ligne — ce qui d’ailleurs n’a pas été nécessaire, tant le texte tombait naturellement bien dans ses colonnes.


Sous-texte

Les provocantes photos du sous-texte proviennent tout simplement de mon disque dur. Le modèle (que j’ai connue autrefois sous le nom d’Oraneblue) n’est pas l’héroïne de ce récit, mais seulement son prétexte et son illustration.

Sur un mur de Nancy (photomontage)…

J’espère que l’auteur (inconnu) de ces photos de charme me pardonnera de les avoir quelque peu mises à mal : recadrées, pâlies, rendues très floues et avec beaucoup de grain ajouté. Il ne fallait pas que ce si joli corps perturbe la lecture, mais simplement qu’il heurte, intrigue et attire l’œil du passant imaginaire.

… et sur un autre aux Andelys (photomontage).


[1] Les mises en situation des trois versions de l’affiche sont de simples copier-coller du fichier informatique dans des photographies aimablement fournies par une amie — laquelle, par modestie peut-être, ne souhaite pas que son nom soit cité ici. J’ai fait ces montages sans trop de souci de vraisemblance de l’échelle ni de la cohérence des proportions,

[2] Sa version originale se trouve sur le site de textes érotiques Revebebe ; je remercie son auteur de m’avoir permis de le reproduire.

[3] Par ailleurs, la hauteur du bloc d’empagement est égale à ce carré multiplié par deux + la hauteur du blanc d’une ligne de titre. Je ne l’ai pas fait exprès, mais vraiment ça tombait bien…


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